La Colombie, paradis du café ?

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Temps de lecture estimé à 6 minutes , Heureuse lecture !

Introduction

La Colombie est un paradis pour le café mais on ne doit pas occulter les menaces qui pèsent et qui affectent tout le pays. Durant le vingtième siècle, la culture du café en Colombie a été l’activité productive qui a influencé le plus le développement économique, social et politique du pays. C’est historiquement le premier produit d’exportation national. Ce qui a permis au pays d’entrer sur le marché international et de se positionner de nos jours comme le troisième producteur mondial de café après le Brésil et le Vietnam , avec 12% du café mondial. La Colombie produit exclusivement de l’Arabica et ses fameuses cerises sont cultivées sur 2.2 millions d’hectares (un peu moins que la superficie de la Belgique). ; soit 20% de ses terres agricoles.

Pourquoi le grain d’arabica se sent si bien dans les montagnes colombiennes ? Comment s’est construit cette réussite ? Et surtout à quels défis faisons-nous face ? Probablement pour les même raisons qui nous ont poussés à développer un projet issu du commerce équitable dans ce merveilleux pays ! La préservation pour un avenir verdoyant.

Gina Carolina récemment arrivée dans la Finca El Refugio : « Je suis venue me former dans la caféiculture et l’agroécologie auprès de Juan afin de diffuser les méthodes responsables auprès des miens ».

Le deuxième pays le plus riche en biodiversité de la planète!

La Colombie avant tout se place parmi les douze nations les plus riches en biodiversité du monde , à côté de l‘Australie, du Brésil, du Congo etc.. Et si vous êtes déjà allés dans un de ces pays vous savez de quoi l’on parle. Pour comprendre les enjeux environnementaux de ce pays sud-américain, il faut savoir qu’il possède une superficie terrestre de 0.7% sur la surface de notre planète. Peu me direz vous. Alors qu’il abrite environ 10% de la faune et de la flore du monde. La Colombie est également le troisième pays ayant le plus d‘eaux fluviales, souterraines et pluviales au monde! Inutile d’énumérer l’importance capital de l’eau au 21ème siècle.

Une diversité géographique unique!

La Colombie a toujours été un pays principalement agricole. Ses caractéristiques géographiques et la richesse de ses sols en sont la principale raison. Situé dans le nord-ouest de l‘Amérique du Sud, entre la mer des Caraïbes et l‘océan Pacifique le territoire colombien est hétérogène. Il se compose de six régions géographiques. Ces régions, dont les caractéristiques varient grandement à bien des niveaux différents, permettent actuellement à la Colombie d’avoir une utilisation diversifiée des terres agricoles et donc une richesse de cafés différents. En effet, ce dernier, exclusivement de l’Arabica, est cultivé sur les trois chaînes de la cordillère des Andes : occidentale, centrale et orientale, jusqu’à une altitude de 2300 mètres. Lien vers la carte des régions de productions en Colombie avec les différences de profil. https://www.cafedecolombia.com/particulares/regiones-cafeteras/

« carte des régions productrices de café , tout le reste n’est que jungle et montagne. »

Des conditions optimales !

Les plantes d’arabica ont une prédilection pour les terres d’altitude. Où elles peuvent compter sur de la pluie en abondance toute l’année , avec un climat chaud. Ce qui permet une floraison deux fois par an. Ensuite , les sols de textures sableux et volcaniques alimentent les cultures avec une grande partie de nutriments. Par conséquent le café colombien réunit toutes les conditions qu’un café excellent du massif montagneux devrait avoir. Un arôme riche, rond et bien équilibré avec quelques fines nuances de noix. Un corps fort, une acidité remarquable mais tendre. Chaque région connaît ainsi un microclimat. Les conditions de sols diffèrent d’une région à une autre.

Spécialisation gustative entre les régions!

En raison de ces facteurs d’influence, chaque variété développe alors son propre profil gustatif. Certaines dégagent des notes de chocolat et de noisettes, d’autres sont plutôt fleuries et fruitées. Cette richesse de spécialités de café est l’un des atouts majeurs de la Colombie par rapport à ses concurrents. Dans de nombreuses régions, les caféiers sont couverts en même temps de fleurs, de cerises vertes et de cerises rouges. De la sorte, plusieurs variétés de café sont récoltées deux fois par an. Pour les agriculteurs, cela signifie certes, plus de travail, mais également un revenu régulier et donc une sécurité supplémentaire… Auparavant les récoltes se réalisaient uniquement en avril/mai et octobre/novembre. Mais avec le réchauffement climatique la récolte s’étend désormais d’avril à décembre en continue!

Photo prise dans la réserve de colibris de Cocora Valley , parc situé à tout juste 1h de la finca El Refugio

Mais si il y’a bien une région dont nous sommes tombés sous le charme c’est celle du café. Connue sous le nom de « Eje Cafetero » (axe caféier). En raison de ses conditions de « localisation, relief, climat et sols », cette éco région présente un grand nombre d’habitats d’intérêt stratégique pour la conservation de la diversité biologique. Selon l’ONG Conservation International, il s’agit d’une des 34 régions prioritaires pour la conservation de la vie sur Terre. Et selon certains chercheurs ce serait la région la plus riche et la plus diversifiée du monde. Cette zone contient par exemple 6,3% des oiseaux du monde.

Un peu d’Histoire !

L’icône des cafeteros . Qui aurait imaginé que cette Jeep militaire – celle-là même avec laquelle les GI’s débarquèrent en 1944 en Normandie – deviendrait un des véhicules les plus emblématiques de Colombie ? La Jeep Willys, inventée par l’armée américaine en 1940 comme « véhicule de reconnaissance léger », est aujourd’hui une véritable icône colombienne, et plus encore dans la zone caféière.

Colonisation du territoire

C’est en 1808, qu’un prêtre français (cocorico !) importe les premières plantes des Antilles. La Colombie se transforme alors en deux siècles en plus grand exportateur de grains lavés de haute qualité.  Elle vend ses cafés d’origine sous son propre nom dans le monde entier, beaucoup sont comparés au meilleur du monde. C’est ainsi qu‘en termes de pratiques agricoles et de développement économique, la culture du café a servi de modèle pour l‘agriculture en général. Cette dernière débute et prospère en 1880, à l‘est du pays, dans les départements de Santander et Nord de Santander. Entre 1880 et 1910, elle s‘est étendue vers les départements de Cundinamarca et de Tolima. Les crises et guerres civiles que connaissent la Colombie à cette période ralentiront la culture du café jusqu’au début des années 1900. Date à laquelle la caféiculture connaît de nouveau une croissance importante.

Colonisation antiochienne

Ce fut donc peu de temps après, le tour de la région d‘Antioquia (Medellín), d’être conquis. Phénomène connu sous le nom de « la colonisation antiochienne ». Motivé de fait par la recherche de terres toujours plus fertiles, plus propices pour des cultures exigeantes. L’expansion se poursuit donc vers la partie centrale du pays qui à l‘époque s‘appelait El Viejo Caldas – Le Caldas d’antan. Que l’on appelle aujourd‘hui, « El Eje Cafetero » (l‘«Axe caféier »). Son nom est dû à sa position géographiquement centrale comme le montre la carte de la Colombie. Mais aussi, au fait qu‘il s‘agit, dès la fin du XIXème siècle, d‘une région consacrée à la caféiculture. Cet « Axe » est composé par les départements de Caldas, Risaralda et Quindio.

Cette région est la plus peuplée de la Colombie et la plus dynamique économiquement du pays. C’est là que se trouve notre fournisseur et ami associé, Don Juan ainsi que nos autres producteurs que vous découvrirez bientôt. Ce dernier après avoir commencé une carrière dans une multinationale à Bogota est retourné dans la Finca de ses parents. Son but est désormais d’éveiller les consciences et par dessus tout, proposer un café d’excellence. Le Département du Quindio d’où proviennent nos grains est situé au sud-ouest de la Colombie. C’est le plus petit du pays mais c’est surtout l’une des principales régions de culture du pays où l’on peut y découvrir la capitale du café, Arménia. Mais aussi le fameux parc naturel digne de Jurissac park, Cocora valley . Le trait typique du café de cette région est la complexité de son goût, mêlé à son acidité fraîche et fruitée.

Le Quindio , un département historique

Quindio était le département idéal car le plus productif de la Colombie. De tels résultats n‘auraient, cependant, jamais été atteints sans l‘entrée progressive et massive des petits agriculteurs dans la culture du café. La naissance de la petite propriété rurale de type familial est à l’origine de cette expansion. Les petits paysans sont alors devenus propriétaires fonciers. Jusqu‘à constituer ce qui est, désormais, sociologiquement désigné comme étant la caféiculture colombienne.

La particularité du département du Quindío réside dans le fait qu‘il s‘agissait d‘une « colonisation de pauvres ». Les colonisateurs capitalistes se sont ainsi initialement accaparés les terres basses, car faciles d‘accès. Et ils abandonnèrent aux colons pauvres, les bois escarpés et éloignés. Elles se sont par la suite révélées être les terres les plus productives pour cultiver le café ! En définitive le terme de caféiculture ne désigne pas seulement un ensemble de techniques agricoles, mais aussi l’ensemble des pratiques sociales et culturelles qui s‘y rattachent.

En rouge les zones de production caféières.

Premier employeur national

Aujourd‘hui 560 035 familles cultivent le café en Colombie. Chacune de ces famille est constituée de 4,3 personnes en moyenne. Il est donc aisé d‘envisager l‘ampleur des enjeux, notamment sociaux, et écologiques de la caféiculture. De plus, l‘ensemble des fermes caféières nécessitent actuellement à peu près 500 000 ouvriers sur une année. Les emplois directs correspondent à 36 % de l‘emploi agricole total. Ces chiffres sont à compléter par toutes les personnes concernées par la caféiculture. Sous la forme d‘emplois indirects tel que dans le commerce et tourisme local. On peut ainsi affirmer hautement d’après l’importance observé , que la culture du café a constitué une sorte « d‘université populaire en Colombie ».

Un désastre écologique !

352 m2 par Français c’est-à-dire la mesure de la surface de forêt nécessaire pour subvenir à nos modes de vie et nos consommations. Soit l’équivalent de 4 logements moyens qui a été pris à la forêt pour couvrir nos besoins notamment en poulet, agrocarburant, cuir ou encore en chocolat et café.

Le changement climatique

Parce qu’elle nécessite des conditions climatiques très spécifiques, la culture du café – en particulier celle de l’Arabica – est déjà fortement impactée par le changement climatique. Les producteurs de cafés colombiens ont ainsi vécu des hauts et des bas au cours des dernières décennies. Dans les années 90, les récoltes ont connu des pertes considérables en raison de l’appétit marqué d’un coléoptère, le bruche. Puis en 2011 la rouille du caféier, un champignon qui en Amérique Centrale a affecté près de 55% de la surface caféière totale.

Puis nous avons eu les sécheresses extrêmes au Brésil en 2014 ou encore la propagation de ravageurs résistants etc… Aussi la Colombie subit de plus longues périodes de sécheresse et des précipitations inhabituellement intenses à la saison des pluies ce qui rend les récoltes incertaines. La qualité est de fait affectée, avec une augmentation des coûts de production qui peut diminuer fortement les revenus des producteurs. Cela aggrave les problématiques existantes de sécurité alimentaire, d’accès à la ressource en eau et de quantités produites. Le changement climatique est un défi immense qu’il s’agit de relever. Afin de rester concurrentielle, la Colombie a favorisé davantage le développement de nouvelles variétés de café. Plus résistantes qui seront en mesure de faire face aux conditions climatiques en mutation ainsi qu’aux parasites.

Plus de 90% des cafés sur le marché mondial sont lavés. Vérifiez votre paquet et vous verrez. Et si ce n’est pas inscrit il y’a de grandes chances pour que ce soit le cas.

Un mode de production néfaste

Sur le plan environnemental la Colombie est le pays où la production de café génère les émissions de gaz à effet de serre les plus élevées par kg de café produit. Sans compter les importantes pollutions de l’eau aux nitrates. En résultent ainsi des coûts sociaux désastreux qui s’expliquent par le modèle de production choisi par ce pays, basé sur une forte utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse. Les méthodes traditionnelles de traitement par voie humide utilisent de l’eau à chaque phase.

Selon la recherche Cenicafé (l’institut de recherche du café) de 2015, il faut en moyenne 40 litres d’eau pour traiter un kilo de café en Colombie.  La pollution de l’eau est un immense problème.  Dans de nombreux cas, elle retourne directement aux voies navigables locales.

« La charge de pollution des eaux usées résultant du café par voie humide est 30 à 40 fois supérieur à celle des eaux usées urbaines. »

SCAA (Specialty Coffee Association of America) en 2013.

Un de enjeux principaux pour les années à venir réside donc à limiter les pollutions environnementales liées à l’utilisation d’intrants chimiques. Ces derniers sont utilisés pour accroître les rendements et lutter contre la recrudescence des maladies des caféiers. Ils sont de plus en plus importants en Colombie du fait des politiques incitatives menées par les institutions publiques et privés. (Fédération du café, Monsanto etc.. On vous prépare du tacle en règle, on se prépare façon Élise Lucet).

La monoculture tue la biodiversité et épuise les caféiers , en 30 ans vous obtenez une terre incultivable pour ne pas dire morte. Une fois de plus ce type de culture est très majoritaire dans le monde!

Monoculture intensive

Ce n’est pas nos larmes de crocodiles qui nous sortirons de ce marasme. L’évolution des modèles de production bouleverse ainsi les pratiques agro-forestières et s’oriente vers des systèmes de monoculture caféière, sans ombrage, qui permettent des rendements de café « plus importants » à l’hectare (si l’on se réfère aux experts Monsanto mandatés dans le monde entier) mais qui tuent littéralement les champs à moyen terme. C’est exactement ce que fait le Brésil et la plupart des pays producteurs. Ces systèmes s’appuient notamment sur des variétés hybrides à croissance rapide qui nécessitent l’utilisation accrue des produits chimiques de synthèse. Avec des coûts de production plus élevés et des impacts négatifs sur la qualité des sols et de l’eau.

Une déforestation accrue

La production caféière a également un impact croissant sur la déforestation, qui résulte à la fois de l’expansion de la caféiculture et de la tendance à la modernisation des exploitations. La Colombie est de fait tristement dans le top 5 des pays déforesteurs. A la clé : coupes des arbres procurant de l’ombrage et perte des services écosystémiques associés (régulation climatique, lutte contre l’érosion, maintien de la fertilité et de l’humidité des sols…). Contribuer à notre projet c’est tout bonnement préserver la forêt. En effet , nous restaurons déjà de nombreuse zones affectés par toute les menaces énumérés. Par ailleurs un kilos vendus égal un arbre planté par nos producteurs. Nous en avons déjà fait planté plus de 500 , ce n’est qu’une larme mais surtout un début prometteur.

Don Juan au sein de la finca El Refugio travaillant sans relache pour que cohabitent bananiers , avocatiers , caféiers et autres arbres fruitiers.
Don Juan au sein de la finca El Refugio travaillant sans relâche pour que cohabitent bananiers , avocatiers , caféiers et autres arbres fruitiers.
« Quand on se concentre uniquement sur la tasse on perds l’occasion de prendre un bon café »

Un dénouement heureux?

Les petits producteurs sont les plus fragiles…

Les producteurs qui dépendent de parcelles de café de petites tailles pour vivre et qui n’ont pas ou peu de sources de revenus complémentaires ; sont dans cette actualité mondiale brûlante, les plus vulnérables. Pour beaucoup, les effets du changement climatique dépassent déjà leur capacité d’action et il existe aujourd’hui peu de solutions éprouvées. Vous comprenez là que nous venons juste de développer les grandes lignes concernant le café en Colombie. Et bien vous pouvez appliquer le même raisonnement à l’ensemble de l’Agriculture mondiale.

Ce n’est rien si vous êtes arrivé à ce stade de lecture prenez une grande inspiration. Dites vous que tout ira bien qu’il faut croire aux bons côtés de l’homme et au progrès technique. Bien maintenant ré ouvrez les yeux et recevez délicatement la violence de la réalité. Aucun politique ou industriel ne s’intéressera à soulager votre porte-monnaie. Encore moins préserver votre santé et celle de ceux qui nous nourrissent. Mais nous sommes là et de nombreuses voix s’élèvent ! Concilier le respect de l’environnement avec une croissance d’entreprise juste et équitable n’est pas impossible. C’est le défi que nous lançons. Vous l’aurez compris passez au café naturel protège l’environnement local et les habitants. Et par la même occasion votre santé ! J’espère que cet article vous a plu. Si vous êtes impatient d’en apprendre plus n’hésitez pas à échanger avec l’équipe.  A très vite pour plein de jolies surprises à venir ! Faite votre choix !

Prochains articles à venir : « L’Agro foresterie est notre ami » , « Plongez dans la région du café » , »Les Trois méthodes de traitement » , « Café et santé » , « Mille et une idées de récupérations.. »

« Un café de Colombie , un café du Paradis

Un Café au paradis un café en Colombie »

Don Chill « Poèmes d’amour au café. » 1946.

FIN…

Pour approfondir sur la région du café.